De la difficulté de rendre certaines réalités sociales par l’image

Les photos présentées dans le présent billet cherchent à montrer à quel point il est difficile de rendre compte de certaines réalités sociales. Le mercredi 25 mars 2015, vers 12 h 15, alors que le soleil était à son zénith, je me suis présenté dans le quartier St-Roch (Québec) afin de réaliser certaines photos tentant d’illustrer la défavorisation à travers l’habillement et l’attitude corporelle de certains habitants du quartier.

Photo 1

Cette photo, prise au coin des rues St-Joseph et Du Pont, met au premier plan une personne défavorisée à mobilité réduite qui, assise sur son déambulateur, fume une cigarette. Il faut ici souligner que la personne en question est restée là, sur place, pendant plus d’une heure. En fait, du moment que l’on décide de s’investir dans la sociologie visuelle, il faut aussi s’investir dans la durée, c’est-à-dire, s’imprégner de la trame sociale du milieu pour arriver à saisir ce que la constitue. Si vous n’aviez pas lu mon commentaire, il est fort probable que vous n’auriez pas associé cette photo à un phénomène de défavorisation, d’où l’importance du travail du sociologue de mettre en contexte les choses.

De la difficulté de rendre certaines réalités sociales par l'image

Photo 2

À travers cette photo, j’ai tenté de rendre compte de l’habillement des gens défavorisés. Existe-t-il une façon de se vêtir qui est propre aux gens défavorisé ? Si oui, de quelle nature est le vêtement ? Lorsque j’ai croisé cette personne, son manteau, bien que la photo n’arrive pas à le restituer, était vraiment défraîchi, tout comme ses pantalons, tout comme ses bottes de caoutchouc. Il y a là tout un domaine de la sociologie à explorer dont l’exploration de l’image peut rendre compte.

De la difficulté de rendre certaines réalités sociales par l'image

Photo 3

Que dire de cette photo ? En fait, elle tente de traduire deux phénomènes : la façon de se vêtir des gens défavorisés et la posture corporelle, parfois prostrée, des gens défavorisés. Certes, tous les gens défavorisés n’ont pas une posture corporelle prostrée ni ne porte tous des vêtements défraîchis. Mais elle rend tout de même compte que cette réalité est visible et qu’elle se vérifie. Lorsque j’ai croisé ce couple, j’ai pu constaté à quel point leurs manteaux étaient vieux et défraîchis, à quel point leur démarche était lente et chaloupée, à quel point l’homme avait le dos voûté.

De la difficulté de rendre certaines réalités sociales par l'image

Quelques constats

L’un des avantages de la sociologie visuelle est qu’elle permet de rendre compte, factuellement parlant et sans équivoque, de la réalité de la stratification et des inégalités sociales. Elle montre. Elle appuie l’analyse scientifique tout comme elle peut amener le sociologue à s’interroger sur certaines réalités sociales.

© Pierre Fraser, 2015

 

2 Comments

  1. Il y a la nécessité de tout un travail de « typification » des attitudes corporelles, des vêtements qui en contraste avec l’environnement mobile traduisent une inertie, un abandon au « sort »…

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  2. Ces silhouettes construisent l’insolite en contexte. Ainsi la sociologie visuelle se construit à partir de contrastes : corps fatigués, vêtements usés, démarche lente, itinéraires discrets !

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