Le revêtement du bâtiment comme lecture sociale

Toujours dans le cadre de ma démarche exploratoire en sociologie visuelle, et dans le cadre de ce qui devrait en constituer son cadre d’analyse, à savoir, « repères-parcours-territoires », j’aborde ici le bâtiment et particulièrement son aspect extérieur, autrement dit, sa dimension morphologique, c’est-à-dire que tout espace se définit à partir de/et instaure des limites et des frontières limitant ou ouvrant des parcours internes ou externes, et ce travail des parcours construira des territoires dotés de lectures sociales et par suite des zones. À partir des deux photos ici présentées, je traiterai de « lectures sociales » et spécifiquement du revêtement du bâtiment comme lecture sociale.

Photo 1

Cette photo, prise dans le quartier Nouvo St-Roch (revitalisé) de Québec le 26 mars 2015, représentant un bâtiment abandonné sis au coin des rues St-Joseph Est et Monseigneur-Gauvreau, est éloquente en matière de lecture sociale. En fait, l’état de délabrement de la toiture, bien qu’elle soit réglementaire avec ses barrières à neige, indique, soit  que le propriétaire du bâtiment n’investit plus dans sa rénovation, soit que le bâtiment est une reprise de finance, soit que la ville a saisi le bâtiment.

En termes de lecture sociale, ce n’est pas le genre de toiture qu’il serait éventuellement possible de voir dans des quartiers plus favorisés. Autrement dit, l’état même du revêtement du toit oblige à une lecture sociale, et cette lecture délimite une frontière à la fois à l’intérieur du quartier et à l’intérieur de la ville. À l’intérieur du quartier, cette lecture sociale signale le passé du quartier et son inscription dans la revitalisation : son passé, parce qu’il s’agit d’un quartier qui a un historique de défavorisation ; son inscription dans la revitalisation, car il sera éventuellement retapé pour se fondre dans son environnement désormais revitalisé. À l’intérieur de la ville, car elle est propre aux quartiers moins favorisés.

Le revêtement du bâtiment comme lecture social

Photo 2

Le bâtiment ici représenté est adjacent au bâtiment représenté sur la première photo. À constater que le revêtement de briques blanches, à la droite de la gouttière, a été remplacé par un ciment couvrant qui semble prolongé la texture des briques du bâtiment adjacent. À constater également que la gouttière supporte à la fois l’entrée des fils électriques et celle du câble télé.

Encore là, le revêtement « parle », il conduit à une lecture sociale de la défavorisation dans un quartier défavorisé, d’où l’importance du perçu, du sensible, de ce qui se donne à voir, de ce qui se cache. La morphologie d’un lieu est aussi un travail du social. Il est donc du rôle du sociologue qui oeuvre dans le champ de la sociologie visuelle de repérer cette morphologie du milieu, de la mettre en évidence pour rendre compte des réalités sociales que vivent les gens qu’elles cachent.

 

Le bâtiment comme lecture social

© Photos : Pierre Fraser, 2015.

 

 

 

 

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