Le graffiti comme rupture visuelle de l’environnement bâti

Suite à une série de commentaires tous plus pertinents les uns que les autres, cet article sera bientôt en complète réécriture dans le courant de l’été 2015. J’amende volontiers mon ignorance sur le sujet et je reviendrai avec une autre analyse.

Dans un article précédent, il a été traité de la présence du graffiti dans une section revitalisé d’un quartier comme signe de réappropriation de certains espaces inoccupés. En arpentant le quartier St-Jean-Baptiste de la Ville de Québec, il a été possible de relever un autre type de graffiti, c’est-à-dire celui qui s’éloigne d’autant du street art qu’il se rapproche d’une rupture visuelle dans l’environnement bâti.

Photo 1

Graffiti | Quartier St-Jean=Baptiste | Québec

Photo 2

Graffiti | Quartier St-Jean=Baptiste | Québec

Photo 3

Graffiti | Quartier St-Jean=Baptiste | Québec

Photo 4

 

Graffiti | Quartier St-Jean=Baptiste | Québec

 

Photos : © Pierre Fraser, 2015.

6 Comments

  1. Bonjour,

    Je ne comprend pas bien le sens de votre analyse. Je comprend au moins quelque chose, c’est que vous ne connaissez pas grand chose au graffiti !

    Sur deux des photos, on note le « blase », le nom CLER. Quand on a un petit peu pratiqué, on voit directement qu’il maitrise bien son trait, et que ce n’est pas son premier tag ! Comment pouvez vous trancher aussi nettement entre vandalisme et street art ? Un des intérêts majeur du graffiti, c’est qu’on ne sait pas qui écrit. Peut être que ce CLER fait aussi des pochoirs, des collages que tout le monde apprécie car les comprend. Peut être que CLER n’est pas le gamin de banlieue en quête de reconnaissance que vous vous imaginez, mais un cadre en entreprise qui a besoin de sa dose de tag toutes les nuits. Lorsqu’il s’agit de simples signatures, ça n’est plus du street art ? La pondération du street est certes plus prononcée que le « art », mais ça reste la même chose à mes yeux.
    Idem pour le tag en jaune sur la dernière photo, on voit qu’il maitrise ! On peut apprécier les calligraphies..

    Quand aux autres signatures, vous pourriez aussi intégrer le facteur « alcool » à votre analyse de l’acte haha.

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    1. Point de vue fort intéressant ! Merci de me souligner ces éléments qui me permettront de mieux saisir le phénomène !
      _|_

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  2. 1/ Le tagueur marque sa présence par sa signature, le tag, ou version plus volumineuse et colorée, le graffiti.
    Il utilise toujours pour cela son « blaze », son pseudonyme qu’il peint sur les murs. Le but est d’être le plus vue possible, c’est ainsi que le tagueur gagne en crédibilité auprès des autres tagueurs et amateurs de tags. Plus une signature est produite un grand nombre de fois, plus les emplacements choisis ont fait prendre des risques à son auteur (escalader en hauteur, un endroit très fréquenté etc..) plus ce tag est prestigieux et plus la réputation grandit.

    2/ Le milieu du tag est organisé collectivement. Les tagueurs se regroupent en « crews », des équipe d’amis en général et ils choisissent un second « blaze » collectif cette fois. Chacun peint alors aussi ce nouvel ensemble de lettre et défend les couleurs de son équipe.

    3/ Le milieu du tag, est régit par quelques règles, souvent tacites.
    – On ne repasse pas le tag des autres, c’est un signe d’irrespect qui peut entrainer toute sortes de représailles.
    – Un graffiti (en volume coloré) peut en général repasser des tags (signature simples) mais cela dépend encore de qui repasse qui.
    – Les anciens sont toujours respectés.
    – Chaque tagueur développe son style, un tagueur qui a une esthétique singulière, développé et bien exécuté sera respecté. Il s’agit donc d’écrire le plus et le mieux.
    – Il est mal vu de taguer certains biens comme les voitures par exemple.

    4/ Le graffiti est structuré en plusieurs disciplines.
    – Plusieurs esthétiques existent : les block letters (grosses lettres carrés), le bubble (lettres arrondies), le wild style (genre peu lisible), l’ignorant (faire comme un débutant volontairement) etc..
    – Plusieurs disciplines : le légal qui consiste sur le côté artistique avec des peinture élaborées dans les endroits peu risqués, peu fréquentés. Le vendal, ou le but est d’être vu et de prendre des risques.
    – Certains lieux sont privilégiés : les toits qui ne sont que rarement néttoyés (les tags sont très souvent enlevés), les trains (support le plus prestigieux car il remonté aux origines new yorkaise du graffiti et implique une grosse prise de risque.)

    5/ Les tagueurs sont très organisés
    – Les opérations en groupes sont souvent planifiées à l’avance, quand elles sont risquées comme aller peindre dans une dépôt de train. Les rôles sont répartis (certains guettent, d’autres remplissent, d’autres font les contours des lettres etc..)
    – Les « plans », localisation d’un dépot de train, la façon d’y accéder etc.. ou les lieux ou voler de la peinture, tout ce qui peut être utile.. Sont gardés confidentiels et ne se partagent que avec des amis. Trop parler quand on est tagueur est mal vu, les bon tagueurs sont connus ne pas faire étalage de leur curriculum vitae.

    6/ D’un point de vue sociologique
    – Le graffiti fait avant tout appel à une réalisation personnelle de l’individu. Etre le meilleur dans quelque chose et en retour recevoir une certaine reconnaissance. Il est avant tout le culte de l’égo.
    – Le graffiti trouve sa source dans la contestation. Il se veut sans règles, à l’encontre de la loi. La prise de risque est sa raison d’exister. Il peut être analysé comme la manifestation d’un rejet du système ou d’une partie du système mais cela n’est pas systématique. Il est souvent un moyen pour ses auteurs de sortir de la normalité, de se sentir libre en violant les règles. Nombre de graffeurs travaillent, gagnent parfois beaucoup d’argent, c’est un milieu très mixte.
    – La dimension artistique est importante et elle joue justement elle aussi dans le rejet des règles de la bien séance. Les tagueurs taguent pour les autres tagueurs en général. L’accès à cet art demande un capital culturel similaire à celui que bourdieu préconise par exemple pour comprendre l’art contemporain. Dans son esthétique aussi le graffiti est contestataire.
    – Comme je vous l’ai expliqué, il s’agit d’un milieu structuré, organisé constituant ce que les théoriciens des cultural studies appelle une « sub culture », culture qui se construit à l’encontre d’une culture majoritaire. Les graffitis ne sont donc pas que des actes individuels mais s’inscrivent dans une démarche qui prend sens à un niveau social, au sein de la communauté des tagueurs et de leur culture.
    – Le graffiti est un milieu assez fermé, autosuffisant qui rejette l’industrie, les institutions de l’art, les street artistes.. Tout ce qui est pour les tagueurs trop intégré au système. C’est pour cette raison que le milieu est peu documenté (même si nombre de thèses ont été écrites depuis 10 ans) et que vous ne semblez rien y connaitre. J’espère que je vous ai aidé à dépasser cette ignorance tout à fait normale.

    Bien à vous.

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  3. Si l’on devait analyser comme vous le faites d’un point de vue de la sociologie visuelle :
    – Réappropriation de l’espace par les tagueurs. Ils ne marquent leur territoire comme cela a souvent été dit mais taguent où ils le souhaitent pour montrer qu’ils sont libre et que le fait de ne pas posséder un bien n’est pas une limite à cette liberté.
    – Non pas rupture avec l’environnement visuel mais personnalisation donc : les tagueurs trouvent ça plus joli ainsi.
    – Le tagueurs cherche a faire son tag en accord avec l’environnement, pour que l’ensemble soi cohérent. Il ne le place pas au hasard.
    – Le tag est aussi la preuve d’un passage. Un tagueur peut ainsi savoir qu’un autre est passé dans son quartier.
    – Laisser une trace de soi. « quand je serai mort y aura encore mes tags »

    voila 🙂

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