Images et langages

Aucune image ne se substitue au langage, le langage ne se réduit jamais à une image. Telle est la complexité de la fonction sémiotique.

La notion de fonction sémiotique a été introduite par le psychologue Jean Piaget pour désigner l’ensemble des systèmes de représentation tels qu’ils se constituent et interfèrent au cours du développement cognitif. La question introduite à ce propos est celle des relations qui viennent à exister entre les différents types de systèmes textuels et iconiques et qui vont constituer ce qu’on nomme des « représentations ». C’est la question centrale des rapports entre images et langages.

Images et langages sont deux systèmes de « figures » qui, tous deux, fonctionnent comme « objets-signes » pour les opérations de pensée. Ils jouent le rôle de « mémoire extérieure » mais différemment. Le langage est de la pensée mais il n’est pas toute la pensée. Il est condition suffisante de pensée, mais pas condition nécessaire. Surtout, il conserve la trace des opérations qui l’ont constitué, ce qui permet de le comprendre et de l’interpréter. Il faut exclure l’idée qu’il y aurait une pensée antérieure au langage, lequel ne ferait que l’exprimer. Les opérations constitutives de l’énoncé ou du discours sont la pensée même de cet énoncé ou de ce discours.

Qu’en est-il alors pour les images ? Elles sont elles aussi conditions nécessaires d’opérations sur elles, et cela va permettre d’engendrer d’autres images apportant de nouvelles propriétés. Le processus est comparable à ce qui se passe dans le langage. Mais les images ne comportent pas la trace des opérations qui les ont constituées. Elles indiquent seulement des états résultants. C’est cette absence de marques d’opérations qui fait que la lecture des images apparaît « libre » en dehors des cas où il existe des conventions de lecture. Cette liberté fait encore que si l’image peut être composée, cette composition n’a rien à voir avec ce qu’est et ce que construit la syntaxe.

Si on s’interroge alors sur les « règles » de lecture ou de composition de l’image, on s’aperçoit qu’elles impliquent toujours l’analogue d’un système de coordonnées et d’une règle de parcours de ces coordonnées. Et si on s’interroge encore sur les statuts comparés des opérations requises dans l’un et l’autre cas, langage et image, il apparaît manifeste que ces règles sont complexes dans le cas du langage puisque renvoyant bien sûr à une « pensée opératoire » en action et travaillant à chaque fois ses propres référenciations. En revanche, ces opérations sont simples dans le cas de l’image où les déterminations référentielles vont être liées à des propriétés de configuration.

Cependant, des conventions de lecture sont quotidiennement appliquées aux images, aux figures et aux schémas. Il existe à ce sujet une littérature sémiotique abondante. Le discours sert alors à « scander » l’image pour en permettre la compréhension et donc la mémorisation. Ainsi, il existe des modes de composition image-langage qui ne sont pas arbitraires et qui permettent d’engendrer un système mixte utilisant les spécificités des deux modes de représentation. Dans ces cas, l’analogique emprunté à l’image et introduit dans le langage permettra d’engendrer divers types de métaphorisations et de classifications de même que « l’arbitraire » emprunté au linguistique fera considérer comme équivalents des réseaux logiquement mais non figuralement isomorphes.

En résumé, toute activité aussi bien langagière que figurale va s’organiser à partir de systèmes de repérage, lesquels vont guider son déroulement sans pour autant en faire partie. Ces systèmes jouent le rôle de « réservoirs de règles » permettant à chaque fois « l’adressage » du discours ou de l’image au sens de la référenciation, c’est-à-dire de l’inscription de chaque discours, chaque image dans une « réalité » déterminée à des fins d’authentification ou de légitimation. Ces repérages seront facteurs de cohérence ou de discordance entre texte et image. La compréhension de leurs statuts et de leurs rôles est essentielle aux fins d’expliciter les fonctionnements opératoires contrastés du texte et de l’image.

Georges Vignaux

Québec, rue, géométrie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s