Les frontières visuelles

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Définition
Une frontière visuelle est avant tout une limite physique. Elle circonscrit et délimite un  territoire visuel. Une frontière visuelle est généralement représentée soit par une voie de chemin de fer, une autoroute, un boisé, une falaise, une muraille, etc. Les frontières visuelles articulent les micros-terrritoires de la ville. Ici, Les délimitations physiques se donnant comme repères visuels deviennent supports de faisceaux de lectures sociales et par suite de frontières immatérielles, symboliques.

La photo suivante, prise dans le quartier St-Roch de Québec, est intéressante à plus d’un égard. Premièrement, elle rend compte d’une réalité plus qu’urbaine, alors qu’une bretelle d’accès à la haute ville surplombe une épicerie. Deuxièmement, le pilier de la bretelle d’accès comporte une peinture représentant une église de style gothique. Troisièmement, le pilier de la bretelle d’accès est situé au carrefour d’un feu de circulation très achalandé sur le boulevard Charest. Quatrièmement, les gens que vous voyez assis près de la bicyclette (coin inférieur gauche de la photo) ou ceux assis à la gauche des bacs de récupérations sont des gens défavorisés.

▼ Sous la bretelle d’accès à la haute ville de Québec (quartier St-Roch)
Frontière : © Pierre Fraser, 2015

En fait, tout espace se définit à partir de repères et instaure des limites, des frontières limitant ou ouvrant des parcours internes/externes. Ce travail des parcours construira des territoires dotés de lectures sociales et par suite de zones. Concrètement, les repères de cette photo — le type de quartier dans lequel s’inscrivent les éléments architecturaux, l’épicerie située sous une bretelle d’accès surélevée, un pilier représentant une église gothique — instaurent des limites et des frontières. Le meilleur exemple en est donné par le pilier de la bretelle d’accès : avant que la ville de Québec ne prenne la décision d’autoriser une finalité artistique au pilier, celui-ci était régulièrement graffité, alors qu’il est aujourd’hui rarement graffité. Pour les graffiteurs, la seule finalité artistique du pilier semble tracer une limite, délimiter une frontière qui ne doit pas être franchie. Ce pilier construit donc effectivement un territoire doté d’une lecture sociale différenciée pour différents groupes qui fréquentent le milieu. Si pour le graffiteur ce pilier délimite une frontière non franchissable, pour l’automobiliste celui-ci délimite d’autres frontières, celle du repère du réseau autoroutier, celle d’une inscription visant à rendre visuellement acceptable ce qui ne l’est généralement pas.

▼ Muraille de ciment dans le quartier Montmorency
Frontière : © Pierre Fraser, 2015

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© Pierre Fraser, (Ph. D.). 2016 (texte et photos)

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  1. Les délimitations physiques se donnant comme repères visuels deviennent supports de faisceaux de lectures sociales et par suite de frontières immatérielles, symboliques.

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