Les lieux-mouvements

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Définition
Un lieu-mouvement est un espace au sens fort de la plénitude urbaine. Un lieu-mouvement se constitue comme lieu de connectivités concrètes et symboliques. Ces connectivités résident autant dans les pratiques de cet espace que dans les différents plans de lectures cognitives et symboliques que cet espace favorisera à travers ses repères, ses parcours et des réseaux. Cela prend forme d’ancrages concrets dans l’espace urbain : types de publics et d’habitants, stratégies d’adaptation et d’appropriation, interactions entre commerces, services et opportunités variées, flux de circulation.

Georges Vignaux suggère que chaque territoire, à travers ses parcours et ses réseaux, dispose d’un ou plusieurs lieux-mouvements. En ce sens, il est possible de dire que les citadins « écrivent » les espaces de la ville en termes de temporalités d’occupation, de perception et de déplacement au travers de ces espaces. L’accessibilité d’un espace est donc tributaire de la question de sa structure, de ses aménagements et de ses perceptions chez le citadin : c’est là que se fonde l’urbain, ses formes et ses problématiques. Par ailleurs, les « porosités » entre espaces urbains auront pour conséquence que toute fonction préalablement définie se verra progressivement « digérée » par une autre (du touristique au commercial par exemple).

Ces espaces du mouvement de la ville sont constitutifs de la ville même, au sens qu’ils sont autant figures métonymiques de l’urbain et de ses transformations que « bassins attracteurs » (au sens topologique) concentrant des populations, les unes en transit, les autres attirées là par une polarisation particulière de l’espace urbain, sous forme de territoires clos ou de nœud d’échanges.

Une analyse fine de ces lieux-mouvements doit fournir une connaissance des modalités selon lesquelles s’opèrent des logiques territoriales selon les rapports « interne/externe » (le lieu par rapport à ce qui l’irrigue et à ce qu’il renvoie en retour) et « ouvert/fermé » (jeux sur les frontières et délimitations). Il s’agit ici d’une double problématique, laquelle se constitue « en miroir », à savoir cette interaction continue qui fait la ville, entre constitution de pôles et concentrations nouvelles mettant en question ces pôles mêmes (« qu’est-ce qui fait lien à l’intérieur et lien de l’intérieur à l’extérieur ? »). Comme si tout mouvement de l’urbain, et sur la durée, s’opérait par adhérence, c’est-à-dire par connectivités de proche en proche entre déplacements et activités, connectivités constitutives à chaque fois, de territoires déterminés. Ainsi, à partir de ces flux, et sur des durées tantôt longues tantôt brèves, la ville se constitue, se transforme.

Repérer les lieux-mouvements dans un territoire visuel, c’est aussi montrer comment les parcours visuels sont utilisés, comment ils dynamisent des interactions sociales, comment ils créent du lien social.

Par exemple, le Vieux-Québec est un lieu-mouvement, un bassin attracteur en quelque sorte, car il attire vers lui autant les citadins de la ville de Québec que les touristes. Dans le quartier St-Roch, le lieu-mouvement, pour les résidents du quartier, est sans contredit le parvis de l’église St-Roch et l’Ilot fleuri, tandis que pour les gens extérieurs à ce quartier, ce sont surtout les commerces haut de gamme. Toujours dans le quartier St-Roch, pour les gens travaillant dans les entreprises de haute technologie ou dans les bureaux de l’Université du Québec ou de l’Université Laval, l’Ilot fleuri est un lieu-mouvement incontournable le beau temps venu.

▼ Le Vieux-Québec en tant que lieu-mouvement
Lieu-mouvement : © Pierre Fraser, 2015

▼ L’Ilot fleuri en tant que lieu-mouvement
Lieu-mouvement : © Pierre Fraser, 2015

Comme le remarque Georges Vignaux, l’important est de comprendre et d’analyser comment certains lieux articulent au sens fort la ville en ce qu’ils se situent au croisement de réseaux de parcours et attirent (attracteurs) les citadins qui s’y retrouvent en fonction de buts, voire de familiarités.

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© Pierre Fraser (Ph. D.), 2016 (texte et photos)

 

1 Comment

  1. L’important est de comprendre et d’analyser comment certains lieux articulent au sens fort la ville en ce qu’ils se situent au croisement de réseaux de parcours et attirent (attracteurs) les citadins qui s’y retrouvent en fonction de buts voire de familiarités…

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