Papier toilette, un besoin essentiel

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Le papier toilette (France), ou papier de toilette (Québec), papier cul ou papier hygiénique, peu importe le nom qui lui est donné, est un produit de consommation si courant et si ancré dans nos pratiques d’hygiène depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qu’il viendrait rarement à l’esprit de quelqu’un de pouvoir s’en passer. Considéré comme un produit de luxe au début du XXe siècle (le papier journal servait souvent d’expédient), il s’est rapidement démocratisé et a été adopté par toutes les classes sociales.

Là où le bat blesse, c’est que ce produit, élément de base d’une hygiène personnelle, à l’utilisation plus qu’intime, n’est parfois pas accessible à tous les citoyens. Dans la plupart des banques alimentaires, le papier toilette est un produit très en demande. Pour avoir discuté avec des gens qui fréquentent les banques alimentaires, quelques-uns m’ont précisé que, les premières fois, lorsqu’ils en demandaient, ils éprouvaient une profonde gêne, et certains m’ont même parlé d’humiliation. Mais tous m’ont précisé qu’après un certain temps, cette gêne faisait place à une simple réflexion qui se résume comme suit : « J’en ai besoin… ».

La photo de l’entête dépeint très bien cette situation. L’homme que vous voyez, bénévole de la banque alimentaire La Bouchée Généreuse (Québec, quartier Limoilou), distribue de façon parcimonieuse les rouleaux de papier toilette. Remarquez que ces rouleaux ne sont pas dans des emballages : ici, pas question de laisser les gens partir avec un emballage complet. Remarquez que l’homme distribue également des craquelins.

En fait, s’il a des craquelins à distribuer, c’est que la semaine où cette photo a été prise, il n’y avait pas assez de rouleaux pour occuper tout l’espace de la table. Il s’agit là d’une réalité des banques alimentaires : la disponibilité de tel ou tel produit varie énormément d’une semaine à l’autre. Certains bénéficiaires de cette banque alimentaire, vers 15 h, sont repartis sans rouleaux de papier toilette, alors qu’ils étaient venus en chercher. Certains bénéficiaires ont compris qu’il fallait arriver très tôt pour faire la file, alors que la distribution commence à 13 h. C’est le prix à payer pour accéder à une plus grande diversité de produits quand on est défavorisé.

Finalement, dites-vous que certaines personnes utiliseront un autre moyen pour s’essuyer l’anus après avoir déféqué, le produit de remplacement le plus utilisé étant les circulaires publicitaires distribués chaque mercredi. C’est aussi ça, entre autre, la réalité de la pauvreté.

▼ Les boites de biscuits soda, populaires lors de cette journée de distribution, ont été remplacés par des flacons de vinaigrette
papier toilette banque alimentaire : © Pierre Fraser, 2015

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© Pierre Fraser (Ph. D.), 2015 / texte et photos

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