Voiture autonome ou le mythe de la modernité

Dans la foulée de la voiture EVE de la société chinoise Nio, de celle du constructeur automobile Renault et de celle d’Airbus, les concepts révolutionnaires sont effectivement à l’ordre du jour. Par contre, il ne faut jamais oublier que, la beauté, avec les voitures concepts, c’est que les concepts en question voient rarement le jour. Même plus, tout design, quel qu’il soit, qui s’annonce comme révolutionnaire, ou qui semble trop révolutionner ce qui existe déjà, a généralement peu de chances de devenir réalité. Malgré tout, ces concepts sont essentiels, car ils signalent la destination, signalent l’idéal à atteindre, le reste n’étant que des étapes pour y arriver, qui elles, risquent fort de se matérialiser. [1]

L’une des grandes idées de la voiture autonome c’est celle du partage. En fait, pourquoi acheter une voiture personnelle qui demeure immobile 90 % du temps, alors qu’elle pourrait être partagée ? De là, le concept de car sharing, où les gens, à partir d’une application, commande la voiture pour se rendre à leur lieu de destination. Commencez tout d’abord par visionner cette vidéo pour comprendre comment la société IDEO envisage le concept. [1]

Tout d’abord, lorsque le véhicule arrive pour cueillir un passager, celui lui souhaite la bienvenue à partir d’un afficheur situé sur le devant du véhicule tout en lui faisant savoir que son siège est disponible. Un écran personnel permet au passager de passer des appels vidéos, lui indique dans combien de temps il sera arrivé à destination et propose même des conseils pour relaxer. Pour le passager qui désire plutôt parcourir son trajet en toute quiétude, il lui sera loisible d’activer, pour son seul siège et son propre espace, une technologie de suppression des bruits ambiants, ce qui n’empêchera pas pour autant les autres passagers de vaquer à leurs occupations personnelles. Les moteurs et les piles, situés sous l’auto, assureront une meilleure tenue de route tout en maximisant l’espace de l’habitacle, permettant ainsi d’aménager un espace de rangement à l’avant du véhicule qui pourra servir pour y loger les sacs d’épicerie. [2]

Les concepteurs du véhicule suggèrent que les entreprises de location d’auto pourraient être admissibles à des crédits d’impôts, en ce sens que le véhicule contribuera non seulement à réduire les gaz à effet de serre, mais contribuera surtout à rendre plus écologique la mobilité et l’environnement. Par exemple, sur le chemin du retour à la maison, le véhicule pourrait s’arrêter à une épicerie et récupérer les sacs d’épicerie d’un voisin de l’un des passagers, histoire de minimiser les déplacements, le tout dans une grande volonté de les rendre carboneutres. [2]

Quand on y regarde le moindrement de près, il se pourrait bien que l’acceptation sociale de tous ces concepts de voitures autonomes qui promettent beaucoup, tant sur le plan de la mobilité que celui de l’environnement, soit non pas liée à des questions technologiques, mais bien à des questions de nature psychologique. D’ailleurs, tout récemment, le directeur du conseil d’administration du constructeur allemand BMW, Peter Schwarzenbauer, a mis en place une cellule de travail faisant intervenir des psychologues pour concevoir des voitures autonomes qui entretiendront une relation conviviale avec les passagers, histoire de les convaincre que le véhicule est avant tout hautement sécuritaire. [2]

En fait, si la voiture autonome est définitivement un mythe moderne, la sécurité en est inévitablement son corollaire. Et lorsqu’il est question de sécurité, autre mythe moderne issu des technologies, l’horizon de la peur se rapproche de plus en plus de l’individu, d’où l’idée de s’assurer que cet horizon de la peur reste le plus éloigné possible. [1]


[1] Pierre Fraser, 2017

[2] © Rima Sabina Aouf, 2017