Design et vieillissement, la mobilité

| Cahier 4 |

À notre avis, le design — ce qui interpelle l’œil, ce qui rend un objet « agréable » à l’œil —, a un rôle essentiel à jouer dans la façon dont nous vieillirons. En fait, le design des objets affecte la façon dont nous construisons nos maisons, notre façon de travailler, de voyager, d’utiliser les produits et services qui nous sont proposés. Il nous faut donc réfléchir maintenant à la conception même de notre environnement, car d’ici peu, les personnes âgées constitueront une part importante de la population.

À titre d’exemple, l’exposition Designing For Our Future Selves du Design Museum de Londres défie à plusieurs égards les stéréotypes liés au vieillissement qui engendrent de la stigmatisation sociale. Ce à quoi nous sommes conviés, c’est à l’émergence d’une représentation iconographique rajeunie de la vieillesse, tant au niveau de la mode, du mobilier, des produits, de la communication et du déplacement.

Concrètement, les designers doivent surmonter les stéréotypes profondément enracinés dans la société à propos de la vieillesse, sans pour autant les ramener à cet idéal du corps perpétuellement jeune et en santé. Quand on y regarde près, qu’est-ce qui empêche les designers d’investir ce champ en plein essor ? En fait, il ne s’agit pas tant d’un problème d’ordre technique ou technologique que d’un problème d’ordre culturel. Il va sans dire que, dans une société qui privilégie avant tout la jeunesse et la performance, le vieillissement n’a définitivement pas la cote. Le stigmate de la vieillesse persiste et il doit être créativement contesté pour faire face à ce changement démographique annoncé.

▼ Un scooter pour rester en forme

Prenons, par exemple, le petit scooter de la société Priestmann Goode, qui offre beaucoup plus de mobilité aux personnes affectées par un quelconque handicap, sans pour autant être aussi stigmatisant que les quadriporteurs traditionnels auxquels sont associés une image de la vieillesse particulièrement défavorable. Car il ne faut pas se le cacher, le principal modèle que la société nous renvoie à propos de la vieillesse, en est un de dépendance et de décrépitude associé au monde hospitalier où les gens utilisent des appareils qui les aident et les assistent, mais dont le design est à ce point horrible qu’il finit par stigmatiser les gens.

▼ Le scooter est pliable, ce qui permet de le ranger facilement ou de l’utiliser dans les transports publics

Et c’est justement là où le design et une conception appropriée permettent de penser autrement le vieillissement. Si on part de l’idée que des objets d’utilité courante adéquatement conçus peuvent devenir un modèle social de vieillissement et même un modèle culturel de vieillissement, il faudrait peut-être sérieusement s’atteler à la tâche.

▼ Le scooter, dans l’espace public, est tout autant socialement acceptable que le traditionnel déambulateur

Au final, ce que l’œil perçoit est socialement construit. Par exemple, quadriporteurs et déambulateurs construisent une certaine représentation de la vieillesse qui stigmatise socialement les gens qui doivent utiliser ces appareils. Si le design permet de réduire les impacts d’une telle stigmatisation, alors il est impératif de construire autrement le visuel du vieillissement.

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© Pierre Fraser, 2017
© Photo : Priestmann Goode