Le disque vinyle repensé

| Cahier 4 |

Yves Béhar fait partie de ces designers qui travaillent particulièrement le visuel en lien avec la fonction. En fait, Béhar considère qu’il est grand temps que non seulement nos objets d’utilité courante soient de plus en plus compacts, mais que l’iconographie soit, elle aussi, plus compacte (redesign du logo PayPal). Par contre, un objet compact ne signifie pas pour autant qu’il faille sacrifier la fonctionnalité.

Le tout dernier design de Béhar, le Love, vient redéfinir la fonction même du tourne-disque classique ; ce n’est plus le disque qui tourne, mais la tête qui lit le disque qui tourne sur elle-même pour parcourir les pistes du disque de vinyle. Évidemment, pour les puristes et les traditionalistes, cette nouvelle façon de lire un disque de vinyle pourra sembler relever de l’hérésie. Par contre, ici, le design combine à la fois la fonction effective (lire le disque) et la fonction visuelle.

Quand le design réinvente le disque de vinyle (Yves Béhar)

Pour rappel, en sociologie visuelle, la fonction visuelle renvoie directement à la fonction effective, c’est-à-dire que la conception visuelle d’un objet doit signaler la fonction effective. Par contre, le design peut parfois temporairement transgresser cette frontière. Le Love est un exemple éloquent de cette transgression temporaire, c’est-à-dire que, lorsqu’on le regarde pour la première fois, il est quasi impossible d’en découvrir sa fonction effective s’il n’est pas mis en contexte, à savoir placé tout près d’un disque de vinyle.

En somme, la fonction visuelle, une fois la phase de transgression temporaire passée, sera à même de créer des repères visuels qui seront inscrits dans le registre de tous les repères visuels qui constituent notre société. Conséquemment, le Love ajoute à la fonction visuelle d’un lecteur de disque vinyle.

_arret-20

| Cahier 4 |


© Pierre Fraser (Ph. D.), 2017
© Photos : Yves Béhar