Marie-Claude Bourbonnais : identité sociale

| Cahier 2

Force est de constater que le parcours de vie de Marie-Claude est révélateur d’influences sociales à plus d’un point de vue. Sa transformation physique par la chirurgie esthétique a été le moment charnière d’un changement important, pour ne pas dire décisif, dans la manière de se percevoir elle-même et de se montrer aux autres. Les éléments de son histoire montrent une mise au diapason avec les éléments de la culture populaire qui ont constitué son quotidien. Sous l’influence d’une certaine interprétation de la féminité offerte par les produits culturels consommés, elle souhaitait se libérer de toute entrave qui lui semblait aliénante, pour enfin jouir de son existence, s’épanouir et aimer son corps.

Dans un sens, Marie-Claude a instrumentalisé les images d’un univers marchand pornoérotique pour y modeler son apparence. Ce comportement consommatoire est décrit par Nicole Aubert comme une appropriation des signes proposés par les produits pour « les coller sur soi, presque comme une prothèse37 ». Dans le cas de Marie-Claude, il ne s’agit pas d’une métaphore, mais bien d’un acte littéral. Son nouveau corps lui a non seulement offert une nouvelle vie, mais un projet de vie qui s’articule autour de la possession de ses nouveaux attributs, lui permettant par ailleurs d’exister à sa manière. Cette recherche de soi par une transformation de l’extérieur, a conféré à Marie-Claude une identité sociale et un projet de vie exprimant son intégration dans l’univers de l’industrie culturelle — radio, photo, design, cosplay, etc.

© Grumpy Bear Productions / Ninja Division Game / Relic Knights

Cette transformation n’a pas été instantanée, loin de là. Si Marie-Claude possède désormais un nouveau corps qui correspond aux attentes de certains publics, elle ne souhaite pas pour autant se livrer en pâture à ces derniers. En fait, elle a intégré des milieux professionnels, des entreprises et des industries en réalisant graduellement quelles étaient ses limites et ses valeurs. Un changement d’apparence, même radical, ne reconfigure pas entièrement l’identité d’une personne ou ses expériences de socialisations passées, mais peut augmenter une confiance en soi autrefois inhibée qui empêchait celle-ci d’oser et de prendre des risques afin de s’ouvrir aux autres et au monde.

| Cahier 2

© Olivier Bernard (Ph. D.), Marie-Claude Bourbonnais, 2017

Références
1 Aubert, N. (2004), Un individu paradoxal, in Aubert, Nicole. L’individu hypermoderne (p. 13-24), coll. Sociologie clinique, France : Éditions Érès, p. 81-82.