Marie-Claude Bourbonnais : de la pornographie à la pornoculture

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Alors qu’au milieu des années 1990 Internet fait son entrée massive dans les foyers, la pornographie devient dès lors un incontournable pour les jeunes curieux. Pour Marie-Claude, sa première réaction est de constater que certaines des actrices pornos ont des seins parfaitement ronds grâce à la chirurgie esthétique. De plus, elle constate que ces femmes ressemblent non seulement beaucoup aux personnages fantastiques des animes japonais ou des dessins de J. Scott Campbell qu’elle admire tant, mais réalise également qu’il est possible de posséder un tel corps, et elle décide, dès ce moment, qu’elle ressemblera un jour à cet idéal esthétique. Toutefois, la décision d’un tel changement ne tient pas seulement qu’à un choix personnel, mais aussi à des pressions sociales plus importantes.

En fait, comme la pornographie n’est plus réservée à une foule d’admirateurs homogène, qu’elle fait partie d’un phénomène plus large au sein de nos sociétés occidentales, l’idée de pornoculture émerge, en somme, un véritable changement de position esthétique qui va dès lors accaparer la sensibilité des contemporains. Après avoir longtemps eu pour rôle de choquer la galerie et de critiquer la morale publique instituée, le règne du pornoérotisme investi ainsi la culture populaire (littérature, cinéma, BD, mode, publicité, etc.), devenant parfois même l’un de ses piliers. D’ailleurs, les méandres de l’industrie culturelle en sont irrigués : « Les murs du porno sont tombés, ses cachettes ont été mises au jour, et les substances du hard prolifèrent dans chaque ruisselet de la scène publique. […] Arrivée à son apogée, la société de consommation étale désormais sans ambages sa structure pornoérotique1 ».

Aujourd’hui, avec Internet, le visionnement du pornoérotisme électronique a grandement été facilité. Sa consommation s’effectue au quotidien et non plus seulement en marge des temps libres. Exempte de culpabilité, sa consommation s’accompagne même d’une certaine légèreté euphorique, tel un hommage aux anciens cultes hédonistes. L’omniprésence du pornoérotisme appelle à sa propre normalisation, donc aussi à sa banalisation, l’agglomérant du même coup au répertoire des objets du sens commun. De ce fait, le pornoérotisme devient une référence normative, déterminant notamment l’apparence du genre féminin selon des caractéristiques bien précises. Et pour Marie-Claude, alors en pleine recherche identitaire, la grande popularité du pornoérotisme fait naître en elle une difficulté d’acceptation de soi inextricablement liée au fait que son environnement social valorise une image hypersexuée de la femme, une difficulté que connaissent un grand nombre de femmes. Cet état de mal-être et d’estime de soi carencé fut un véritable tourment pour Marie-Claude.

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© Olivier Bernard (Ph. D.), Marie-Claude Bourbonnais, 2017
© Photo : Don Bersano.

Références
1 Attimonelli, C., Susca, V. (2017), Pornoculture. Voyage au bout de la chair, Éditions Liber : Canada (Québec), p. 122.