Marie-Claude Bourbonnais : découverte du latex

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En tant que nouveau modèle féminin, Marie-Claude a été invitée à une convention de latex fétichiste. Afin de respecter le code vestimentaire de la rencontre, elle s’est confectionné son propre costume de latex en s’inspirant de celui de Caitlin Fairchild, l’un des personnages de comic book de J. Scott Campbell.

© J. Scott Campbell

 

Il est à noter que ce personnage porte un costume moulant vert et violet : des couleurs très voyantes, lorsque comparées aux costumes de latex traditionnellement noirs que beaucoup de fétichistes choisissaient de porter à l’époque. Dans une approche d’ouverture d’esprit et de curiosité, Marie-Claude apprenait à connaître une sous-culture fascinante, sans toutefois se reconnaître dans le mode de vie et les pratiques fétichistes.

C’est pendant cette période, que Marie-Claude rencontré les responsables d’une entreprise de vêtements de latex nommée Polymorphe qui œuvrait pour les communautés fétichistes de Montréal et d’ailleurs. Grâce à leur concours et au soutien du propriétaire, Marie-Claude a pu apprendre à manipuler et à travailler le latex. Ses apprentissages se faisaient dans leur atelier à raison d’une semaine par mois, sur une période d’environ un an. Il faut savoir que le latex est un matériau très différent des tissus, ayant des propres propriétés particulières et nécessitant des techniques de travail adaptées. En tant que costumière, Marie-Claude découvrait ainsi cette nouvelle matière et son univers de techniques tout aussi nouvelles.

Pour la réalisation de ses photos glamour, il arrivait à Marie-Claude d’emprunter des costumes chez Polymorphe dans le but de diversifier ses thématiques photographiques. Conséquemment, certains amateurs se mirent à l’identifier comme « modèle fétichiste », et n’étant pas elle-même fétichiste, cette étiquette lui procurait un certain inconfort. Néanmoins, puisque c’est le propre des sites Internet de photos glamour de susciter l’imaginaire et le fantasme, elle recevait malgré tout des messages d’hommes qui lui demandaient de devenir leur dominatrice ou leur maîtresse. Sans surprise, la réaction de ce public, en phase avec l’idéal du moi masculin s’affichant par une forme de conquête sexuelle, ne fut-ce que fantasmée1, a aussi poussé le conjoint de Marie-Claude à rester dans l’ombre, pensant que son succès dépendait de son statut de célibataire qui stimulait davantage l’imaginaire des hommes. De manière stratégique, le statut de Marie-Claude sur ses réseaux sociaux et à l’international était donc celui de célibataire.

Tout en poursuivant sa collaboration avec Polymorphe, Marie-Claude a cessé de faire des shootings glamour en vêtements de latex, continuant cependant d’utiliser ce matériau dans des contextes non fétichistes. Parmi les nombreux contextes où l’usage du latex était possible, c’est à celui du cosplay que se destinait la jeune costumière.

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© Olivier Bernard (Ph. D.), Marie-Claude Bourbonnais, 2017

Références
1 Guionnet, C., Neveu, E. (2009), Féminins / Masculins. Sociologie du genre, 2e édition, Paris : Éditions Armand Colin