Marie-Claude Bourbonnais : direction cosplay

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Marie-Claude a découvert le cosplay sans se douter qu’il s’agissait d’un univers social aux proportions insoupçonnées. Pour l’essentiel, le cosplay est une pratique qui consiste à jouer le rôle de ses personnages favoris en imitant leur costume, leurs cheveux et leur maquillage. Ceux qui incarnent ces personnages sont appelés cosplayers. Les thèmes les plus courants sont les personnages de mangas, de bande dessinée, d’animation japonaise, de dessins animés, de films, de jeux vidéo et de comic books. Cette pratique inclut également les séries télévisées et toutes sortes de costumes à thème.

© Image originale du personnage de Frost du jeu vidéo Mortal Kombat

En 2009, lors d’un élan créatif purement ludique, Marie-Claude confectionne le costume d’un personnage nommé Frost, issu de la saga de jeux vidéo Mortal Kombat. Ce personnage, qui n’était pourtant pas le plus populaire de la série, a séduit Marie-Claude pour une seule raison somme toute pratique : la longueur de ses propres cheveux était identique à celle de la costumière. Notons qu’elle et son conjoint étaient déjà de grands amateurs de la populaire saga, ce qui incitait fortement Marie-Claude à arrêter son choix sur un personnage de cet univers fantastique.

La fabrication de son costume, qui a nécessité qu’un masque en fibre de verre soit confectionné, cette pièce a été leur véritable premier défi à relever avec ce nouveau matériau. Mais nous verrons plus loin que cette matière deviendra un incontournable pour l’élaboration d’autres costumes. Le pantalon legging, le corset et les gants, tous trois de latex noir, avaient été prêtés par Polymorphe. Ce costume fut donc l’occasion rêvé d’utiliser le latex dans un contexte non fétichiste. Quasi identique à l’original, une seule modification fut apportée au costume d’origine, soit l’ajout d’un décolleté plongeant.

© Gil Perron

Une fois mise en ligne sur un site Internet, les photos du costume ont généré un nombre de visites très élevé, soit plus de 2 millions de visionnements en peu de temps. Interloquée, Marie-Claude se demandait en quoi un déguisement de Frost pouvait être plus populaire qu’une femme vêtue de lingerie érotique. Le mystère était entier. Cherchant à expliquer ce phénomène, elle découvre rapidement que le cosplay est une activité très prisée aux États-Unis et ailleurs dans le monde, alors qu’elle était, à l’époque, presque inconnue au Québec, ce qui explique pourquoi elle ignorait l’existence de cette pratique. En voyant ces photos de Frost, une femme d’Atlanta contacte Marie-Claude. Cette jeune femme, Riki LeCotey, connue sous le pseudonyme de Riddle, une cosplayer de longue date, avait des contacts privilégiés dans le monde des comic books, dont Adam Hughes. Quelque temps plus tard, Marie-Claude la rencontre lors d’un passage aux États-Unis, car Riddle l’avait officiellement invitée au Dragon Con de 2010 dans le but évident de l’introduire à l’univers du cosplay. Des milliers des personnes costumées y étaient réunies. Faut-il ici préciser que ce type d’événements présente d’ailleurs une large frange de la culture populaire : les bandes dessinées, le cinéma, les séries télé, les animes, les mangas, les jouets, les jeux de cartes à jouer et à collectionner, les jeux vidéo, les bandes dessinées en ligne, et les romans fantastiques. Ces rencontres sont d’une grande importance, notamment en Amérique du Nord et au Japon.

Constatant l’existence de cette immense industrie, Marie-Claude se dit : « J’ai étudié en design de mode, mon métier dans la vie c’est la confection vestimentaire, j’ai une physionomie de personnage de BD, j’aime les comic books et les jeux vidéo… qui peut être mieux outillé que moi pour faire du cosplay ? ». Nous verrons d’ailleurs que la suite ultérieure du parcours de Marie-Claude a littéralement été façonnée par l’industrie culturelle du cosplay.

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© Olivier Bernard (Ph. D.), Marie-Claude Bourbonnais, 2017