Marie-Claude Bourbonnais : les comic books et les animes

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Alors que Marie-Claude Bourbonnais étudiait en Technique administrative, et que son conjoint étudiait dans le domaine des arts, tous deux fréquentaient un groupe d’étudiants s’adonnant aux jeux de rôles, jeux de table et autres activités liées aux univers fantastiques. Et comme Marie-Claude était l’une des rares filles à fréquenter cet endroit où la clientèle était presque exclusivement masculine, du haut de ses 19 ans, elle découvrait les animes japonais, notamment Ninja Scroll, qu’elle décrit comme sanglant, violent et cadavérique, « bref, tout le monde meurt », dit-elle.

Marie-Claude mentionne que la jeunesse des années 1980, dont elle fait partie, était déjà initiée aux animes Japonais traduits en français : Maya l’abeille ; Astro le petit robot ; Hutchi le petit prince orphelin ; Démétane ; Rémi sans famille. À l’origine, ces séries pour enfants, traduites en France et par la suite diffusées au Québec, ont permis à Marie-Claude de se rendre compte qu’elle écoutait, depuis son enfance, des animes japonais sans le savoir.

De ces univers fantastiques, elle affectionnait particulièrement les personnages féminins. Elle aimait l’esthétique des filles des mangas et d’animes japonais, tout comme celles des comic books américains, des filles aux corps splendides et attirants. En fait, son dessinateur préféré était J. Scott Campbell, et aussitôt qu’elle décelait son nom sur un album, elle était d’avance convaincue d’aimer la facture des dessins.

Faut-il ici préciser que Campbell est un artiste très reconnu qui, aujourd’hui, dessine presque exclusivement pour Marvel ; il est, entre autres, le créateur de Danger Girl. Cet artiste a non seulement une façon de dessiner qui le distingue de tous les autres dessinateurs de ce genre, mais il a surtout créé un courant et une tendance singulière dans le monde des comic books. Plus précisément, on y retrouve des filles « musculaires », aux épaules larges, de petites tailles, avec, surtout, une chute de rein prononcée, soit une forme de bassin projeté vers l’arrière, avec des cuisses assez musclées, des visages allongés avec de grands yeux, la bouche étroite et de petits nez.

© Danger Girl, J. Scott Campbell

La proportion des tailles et des bassins est plus que singulière, sans compter que ses personnages ont souvent des seins démesurés. Encore aujourd’hui, ce style de dessin est très imité. Par exemple, les personnages de Grimm Fairy Tales : Escape From Wonderland sont fortement inspirés, selon Marie-Claude, du travail de Campbell.

Marie-Claude explique que ces dessins de personnages féminins représentent dès lors sa référence en tant que modèle de femme. Sachant que la plupart des femmes regardent plutôt des photos de personnes réelles pour se comparer, et bien que ces dessins fantasmagoriques fassent appel à des proportions corporelles exacerbées et sexuées, son souhait était bien celui de ressembler à ces femmes.

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© Olivier Bernard (Ph. D.), Marie-Claude Bourbonnais 2017