Marie-Claude Bourbonnais : un intérêt pour le costume

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Marie-Claude affirme que, dès son tout jeune âge, un intérêt particulièrement marqué pour le costume et le vêtement l’a interpellée. En fait, son enfance n’a pas été marquée par les poupées Barbie, mais bien par celles de Jem et les Hologrammes, ces poupées, inspirées d’une série animée du même nom que Marie-Claude regardait assidûment, mettant de l’avant un groupe de musique composé uniquement de jeunes femmes. De là, son grand plaisir à vêtir ainsi ses poupées et les admirer, de les habiller autrement et de les contempler à nouveau. Ce comportement en apparence anodin, avec ses propres jouets, a contribué à « renforcer le marquage des identités de genre1 ». Par exemple, l’un des personnages de cette série, Shana Elmsford, une jeune femme noire, qui confectionnait des costumes de scène pour les membres du groupe, avait particulièrement retenu son attention. Et même si Marie-Claude portait un certain intérêt pour les vêtements, ce n’est pas tant la mode qui attirait son attention que la création de costumes elle-même.

Il faut ici préciser que cet intérêt créatif, chez Marie-Claude, n’est pas sans lien avec son environnement familial immédiat. Sa mère, femme au foyer et couturière de son état, par son talent, avait retenu l’attention admirative de sa fille. La pièce de couture devenait ainsi le prolongement de son attrait pour ses poupées en le liant à un rôle traditionnellement maternel, calquant ainsi le comportement de sa mère. Un jour, en l’absence de sa mère, Marie-Claude se souvient s’être introduite dans la salle de couture de la maison familiale afin de coudre un vêtement, sans aucune idée de la marche à suivre. Elle raconte avec humour que sa création ressemblait davantage à une pièce décorative en forme de chandail qu’à autre chose. Même s’il était impossible de le porter, ce fut sa première confection de vêtement.

En fait, les jouets, les émissions de télévision et les activités prisées par Marie-Claude, tout au cours de sa jeunesse, ont en bonne partie forgé son identité de genre. Ses poupées, sa série animée et l’atelier de couture rassemblaient ainsi un lot d’éléments et de produits culturels à sa portée, constituant ainsi le foyer socialisateur de la femme qu’elle deviendrait5. Bien évidemment, la socialisation d’une jeune fille ne se résume pas qu’à ces quelques éléments, mais si Marie-Claude les mentionne, c’est qu’ils ont eu une importance considérable dans son propre processus identitaire. L’influence de ces objets culturels et de l’imaginaire qu’ils ont véhiculé se confirme, à l’évidence, dans le choix de son domaine d’étude.

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© Olivier Bernard (Ph. D.), Marie-Claude Bourbonnais 2017

Références
1 Guionnet, C., Neveu, E. (2009), Féminins / Masculins. Sociologie du genre, 2e édition, Paris : Éditions Armand Colin, p. 55.