Kyoto, geisha, maikos et tradition

Les véritables geikos (le terme « geisha » est presque vulgaire en japonais) sont devenus rares, même à Kyoto (littéralement ville capitale, ancienne capitale impériale du Japon, aujourd’hui capitale de la préfecture de Kyoto, population de 1,47 million d’habitants). Mais les maikos (apprentie geisha, chante et joue du shamisen, généralement âgée de 15 à 20 ans, devient geisha après avoir appris à danser), les apprenties geikos en formation, parcourent encore les rues de la ville, surtout quand les cerisiers fleurissent ou que les érables deviennent écarlates.

La formation exigeante des maikos, qui allie une connaissance de la musique traditionnelle, de la danse et de la conversation, est un bel ajout au curriculum d’une jeune femme. Ce sont des arts reliés au cœur de l’identité japonaise, uniques à ce pays. Les maikos restent en formation deux ou trois ans. Elles ont entre 15 et 19 ans et leur jeunesse leur donne le privilège de porter le très élégant furisode, un kimono à longues manches, attaché par un obi complexe. C’est un vêtement par-ticulièrement coloré, ce qui est acceptable pour les filles de cet âge et pour les acteurs qui interprètent des rôles de dames, comme c’est le cas au kabuki. Pour les autres femmes, porter un kimono de couleurs vives manque de décence.

Ces maikos photographiées dans le quartier traditionnel de Gion (district de Kyoto, érigé au Moyen Âge, à côté du sanctuaire de Yasaka, zone prisée et connue pour ses geishas) sont-elles de véritables apprenties ou de simples mannequins en route vers un shooting pour des cartes postales destinées aux touristes ? Impossible de le savoir. Il aurait fallu que j’interrompe leur marche, déjà semée d’embûches avec de telles chaussures de bois (les okobos), et que je leur demande. Je n’ai pas osé. Elles ont poursuivi leur route et j’ai immortalisé leur passage en photographie.

Il m’est souvent arrivé de croiser des mannequins et toute une équipe les suivait pour préparer les scènes où elles prenaient place. Cette fois, les marcheuses étaient seules. On peut donc supposer qu’elles étaient de véritables maikos qui portent magnifiquement bien la soie précieuse des kimonos prêtés par leur okiya (maison des geikos). Elles se dirigeaient peut-être vers un temple couvert par les fleurs de cerisiers afin de servir le matcha aux visiteurs, un thé vert très amer et particulièrement herbacé. Quoi qu’il en soit, croiser la route d’une maiko apporte une touche de magie, particulièrement dans les petites rues de Kyoto, entre les machiyas de bois collées les unes sur les autres. C’est un saut instantané dans l’histoire, à mi-chemin entre notre hyper-modernité et la marche lente de ces femmes. D’un seul regard, on saisit alors toute la richesse des paradoxes japonais.


Valérie Harvey, 2017

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