Voiture autonome ou le bonheur par le design

La beauté, avec les voitures concepts, c’est que les concepts en question voient rarement le jour. Même plus, tout design, quel qu’il soit, qui s’annonce comme révolutionnaire, ou qui semble trop révolutionner ce qui existe déjà, a généralement peu de chances de devenir réalité. Par contre tout design révolutionnaire, si on refait un retour dans le passé, propose du bonheur, un monde meilleur, un avenir radieux. Il n’y a qu’à se souvenir de l’Exposition de Paris de 1937 des « Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne », des aménagements futuristes proposés pour les cuisines américaines au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et des retombées de la conquête spatiale, pour se convaincre que le monde de demain serait définitivement meilleur que le monde d’aujourd’hui.

À ce titre, la voiture totalement autonome devient de facto un espace où il est possible de créer du bonheur par le design. Les nouvelles voitures concept proposées par Volkswagen et Airbus entrent définitivement dans cette catégorie. Tout d’abord, visionnez les deux capsules vidéo qui suivent. Tout au cours de votre visionnement, portez une attention toute particulière à deux choses : le concept lui-même et la vie heureuse.

Que faut-il retenir de ces deux capsules vidéos ?

Premièrement, la capsule présentée par la firme allemande Volkswagen est totalement immergée dans ce qu’il est convenu d’appeler une ville intelligente, c’est-à-dire une ville qui utilise et insère les nouvelles technologies de l’information et des communications dans ses différents secteurs dans le but d’optimiser l’utilisation des infrastructures existantes. Que ce soit en matière de transport, de bâtiment, de gouvernance ou d’environnement, les technologies numériques seraient susceptibles de contribuer à répondre aux défis urbains actuels. Autrement, Volkswagen arrive à nous montrer que lorsque nous utiliserons ce genre de véhicule, nous vivrons une expérience de transport hors du commun qui s’effectue sans heurts et avec la plus grande fluidité, l’intelligence artificielle et des milliers de capteurs y pourvoyant.

Deuxièmement, Airbus ramène le concept de la voiture volante, concept qui, il faut l’avouer, a la vie dure depuis plus d’un siècle. Évidemment, on comprendra que lorsque le véhicule est en mode « route », que celui-ci est par définition autonome dans une ville devenue elle-même intelligente. En fait, il semblerait bien que l’avenir du transport de personnes ne puisse s’imaginer que par le véhicule autonome et intelligent. Ensuite, comme Airbus est par essence un constructeur d’avions, le transport est dès lors perçu en mode « aérien ». Pourquoi s’embarrasser de la route quand il est possible d’utiliser la voie des airs ?

Troisèmement, dans ces deux capsules, ce qui interpelle au premier chef, c’est de voir à quel point les villes représentées sont propres et efficaces, qu’elles sont, du point de vue architectural, belles, élégantes et élancées. Ici, la défavorisation matérielle et les quartiers populaires ont été résorbés dans une grande vision heureuse et radieuse de l’avenir. De plus, il faut voir, dans la capsule présentée par Airbus, comment les gens sont jeunes, beaux, heureux et prospères. Pour se rencontrer et passer un bon moment en campagne, ils utilisent une application à la Uber. L’homme possède des lunette intelligentes qui lui permettent de voir où en est rendue sa copine. À la toute fin, on y voit le jeune homme et la jeune femme se retrouver en milieu urbain, se tenant la main tout en arborant le sourire qui traduit le bonheur et la joie de vivre avec toutes ces technologies.

La voiture totalement autonome, la voiture volante, la ville intelligente et l’intelligence artificielle sont tous des mythes modernes, au sens de Roland Barthes, qui seraient en mesure de renouveler le lien social ou de le redynamiser tout comme l’ont fait les téléphones intelligents et les médias sociaux.


Pierre Fraser, 2017