BBQ à l’américaine

La fin des années 1940 et le milieu des années 1950 redessine en bonne partie les rôles masculins et féminins. Publicitaires, éditeurs et journalistes, dans cette Amérique de l’après-guerre, suggèrent que l’homme, lui aussi, tout comme sa conjointe, est en mesure de cuisiner : le barbecue devient donc à la fois le moyen et l’outil de cette nouvelle distinction sociale.

On retrouvera donc la cuisinière électrique ou au gaz à l’intérieur de la maison pour la femme, et le barbecue à l’extérieur, dans la cour arrière, pour l’homme. Ce qui caractérise cette nouvelle norme sociale, c’est bien la relation homme-femme par rapport à la nourriture qui prend ici toute sa signification.

Si, des années 1950 jusqu’aux années 1990, le barbecue a bel et bien été le lieu de cette distinction — « Le barbecue c’est l’affaire de mon mari ! » —, et même si les hommes portaient un tablier pour cuisiner — appropriation d’une pièce de vêtement féminin qui a été masculinisée —, encore aujourd’hui, celle-ci se maintient. Même plus, depuis son adoption par les hommes dans les années 1950, le barbecue est fondamentalement resté un instrument de cuisson dédié à la viande rouge encore considérée comme nourriture virile et symbole de masculinité, alors que l’alimentation végétarienne est encore et toujours considérée comme plus efféminée.

Autrement dit, le barbecue, dans une société qui privilégie l’égalité entre les sexes, redessine des cloisons afin de bien distinguer le rôle social de chacun d’entre eux.


Pierre Fraser, Ph. D., 2017

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