La lumière, la photographie et le passé

Romain Veillon fait partie de ces photographes qui sont en mesure de faire remonter les valeurs et les attitudes sociales d’une époque. Son projet, Demande à la poussière, veut rendre compte du « concept passager et éphémère des choses qui [nous] entoure. Odeurs, poussière, végétation ou bien même moisissures, tous ces restes du passé nous rappellent que nous ne sommes que de passage ici et qu’au bout du compte, tout retourne à la terre. Tous ces détails d’une vie oubliée sont autant de témoignages touchants, drôles ou nostalgiques dont l’évocation suffit à enflammer notre imaginaire. [1]» Partant de ce postulat, Veillon parcourt le monde à la recherche de ce passé pas si lointain afin de poser « une réflexion sur la société dans laquelle nous vivons et à son évolution actuelle quant à sa façon d’appréhender les périodes antérieures de son histoire. [1]»

Parc d’attraction Nara Dreamland, Japon (© Romain Veillon, 2015)
Nara DreamLand, Japon, Copyright © Romain Veillon 2015. All rights reserved. .

En examinant cette photo, on se plaît à imaginer toutes ces personnes qui ont, à un moment donné, parcouru cette montagne russe, éprouvé les sensations liées à l’utilisation intensive de la gravité. Mais examiner cette photo, c’est aussi voir toute la démarche photographique de Veillon, car ce dernier utilise la lumière comme « le seul élément actuel et vivant de la photographie. [1]» Selon Veillon, la lumière remplace l’être humain et le vide qu’il a laissé derrière lui tout en rappelant que la vie a continué autre part. La lumière est enfin le symbole de la force du temps qui passe; inéluctable et définitif, car dans ses lieux où le temps semble suspendu, il nous rappelle que la nature finit toujours par prendre le dessus sur l’homme et ses constructions. [1]»

Parc d’attraction Nara Dreamland, Japon (© Romain Veillon, 2015)
© Romain Veillon, 2015

L’atmosphère magique, voir presque divine, créée par ses différentes lumières l’est aussi, car pour effectuer ses prises de vue, j’ai dû attendre parfois très longtemps avant d’obtenir exactement le résultat qui me convenait et qui mettait le mieux en valeur la pièce. Durant ses heures d’attente, on prend conscience encore plus aisément de cette notion de « temps qui passe » et on se laisse envahir par une sensation de paix. Ses moments sont à mes yeux les plus propices à une réflexion sur la société dans laquelle nous vivons et à son évolution actuelle quant à sa façon d’appréhender les périodes antérieures de son histoire.

D’un strict point de vue sociologique, la démarche de Romain Veillon est de l’insolite en contexte, c’est-à-dire que la réalité sociale se construit toujours à partir de contrastes. Et les contrastes, dans le cas de figure présent, se démarquent tout particulièrement par le seul fait que les équipements abandonnés du parc d’attraction, qui renvoient au mouvement constant inhérent à ce type de lieu, se retrouvent ici dans une immobilité totale. Autrement, c’est la nature qui reprend ses droits sur tout ce que l’homme peut, pendant une certaine période de temps, prendre à la nature.

Parc d’attraction Nara Dreamland, Japon (© Romain Veillon, 2015)
© Romain Veillon, 2015

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[1] Veillon, R. (2016), Demande à la poussière.