Quand la rusticité fait vendre

Un marché public doit répondre à une seule contrainte : rendre accessibles le plus facilement possible les produits à vendre. Chaque commerçant dispose dès lors d’un espace qu’il loue, qui lui est attribué et qu’il peut aménager à sa guise, tout en respectant les règles édictées par le propriétaire des lieux. Certains commerçants, un peu plus fortunés, louent des espaces qu’ils configurent un peu comme une boutique, avec une porte d’entrée, d’où parfois l’impression d’être confronté à une consommation structurée et organisé, alors que le client cherche avant tout une « expérience » d’authenticité et de contact direct avec le vendeur et/ou le producteur. La configuration de vente, quant à elle, est classique : un ou des présentoirs sur lesquels sont déposés et alignés les produits à vendre. Pour le reste, il en va de la créativité du commerçant pour mettre en valeur sa marchandise. Et cette créativité se décline de plusieurs façons.

Marché public / Vieux-Port / Québec

Ici, la présentation renvoie directement à la notion de terroir avec son côté rustique. Tout compose la rusticité, l’authenticité et le terroir dans cette présentation. Premièrement, le panneau routier signale une route rurale : c’est l’appel de la campagne et de ses valeurs proches de la nature, le terroir. Deuxièmement, des produits à saveur d’érable — du pain, des biscuits, des galettes, du maïs soufflé, des noix —, le sirop d’érable ne pouvant qu’être produit qu’en forêt dans une érablière. Troisièmement, le panier d’oseille, typique de la ruralité et d’une époque où le pain fait et cuit à la maison signalait une nourriture simple et abordable. Quatrièmement, la vieille boîte de bois à la couleur chaude rappelle, pour les consommateurs d’un certain âge, l’enfance. Pour les autres, elle renvoie à toute cette notion d’une époque où les objets usuels étaient plus simples, non encore dévoyés par une technologie qui s’inscrit dans tout et partout. Finalement, sur la gauche, la bûche de bois et la vieille tasse de porcelaine proposent une vision rustique loin de la vie moderne et de ses facilités. J’attire votre attention sur le fait que sept éléments bien distincts des deux photographies précédentes structurent cette vision du produit renvoyant à l’authenticité et au terroir : le panneau routier ; le vieux bois dont est fait le présentoir et le mur arrière ; les paniers d’oseille ; les vieilles boîtes de bois à la couleur chaude ; les bûches en arrière-plan ; la vieille tasse ; le produit vendu : du sucre d’érable décliné en produits de toutes sortes.

Marché public / Vieux-Port / Québec

À la gauche des deux présentoirs décrits dans les deux photos précédentes, le commerçant a su décliner le sirop d’érable en un foisonnant assortiment de produits : caramel à l’érable ; confit d’oignon au sirop d’érable ; gelée au sirop d’érable ; moutarde à l’érable ; vinaigre d’érable ; pain de sucre à l’érable ; sauce BBQ à l’érable ; vinaigrette à l’érable. Non seulement toute saveur sucrée est-elle indissolublement liée au plaisir — la chose a un ancrage biologique innée —, mais les recherches scientifiques en nutraceutique ont démontré que le sirop d’érable est très riche en antioxydants. Donc, pourquoi ne pas se sucrer le bec tout en bénéficiant de certains avantages pour la santé ? On élimine ainsi la culpabilité de la calorie.

Marché public / Vieux-Port / Québec


Pierre Fraser, 2017