La distinctivité photographique

Photographier dans un lieu touristique afin de trouver ce qui marque socialement celui-ci n’est pas chose facile. Tout d’abord il y a un incroyable foisonnement d’individus constamment en mouvement, ce que nous qualifions, en sociologie visuelle, de lieux-mouvements. À force de fréquenter ce genre d’endroits, j’ai fini par comprendre qu’il fallait s’attarder aux individus qui ne sont pas en mouvement, car ils se démarquent de la foule environnante. Par contre, tous les sujets immobiles, sur le plan social, ne marquent pas forcément le lieu et le moment, et là est tout le problème.

Comment repérer ce qui marque socialement l’endroit ? En fait, il faut s’en remettre à la troisième propriété d’un repère visuel, à savoir, la distinctivité, c’est-à-dire qu’on ne peut le confondre avec un autre.

La photo de l’entête a été prise le 30 septembre 2014 dans le quartier Petit Champlain du Vieux-Québec. Lorsque j’ai repéré le jeune garçon assis sur une chaise, détaché du groupe de parents qui écoutaient attentivement le guide en arrière-plan, j’ai immédiatement compris que ce dernier était distinctif au point de ne pas le confondre avec tous les autres touristes affairés à faire du tourisme.


Pierre Fraser (Ph. D.), 2016