Trompe-l’œil

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La photo ci-dessus, en partie réalisée par l’artiste visuel Olivier Moisan-Dufour, est un trompe-l’œil. Je m’explique. Henri Cartier-Bresson n’aurait jamais recadré une quelconque photo pour qu’elle reflète une autre réalité que celle qu’il avait initialement cadrée.

Comme l’a déjà souligné le philosophe français Michel Onfray, « Penser une photo est déjà la chose la plus difficile qui soit, car on ignore tout de ce qui a présidé aux intentions et au geste du photographe : pourvu qu’elle soit bonne, une photo est toujours une idée. De plus, on sait qu’à l’ère numérique, une photo peut-être une manipulation à la portée du premier venu. On ne sait donc jamais si une photo est ce qu’elle dit a priori ou ce que la légende lui fait dire. Il existe des détournements célèbres par les légendes. Ce que l’on sait, c’est que dans notre monde où n’existe plus que ce qui est montré dans un média, une photo bien légendée fait plus qu’un long discours argumenté1. »

Quand on examine ladite photo, la chose donne l’impression que le type à la caméra cherche à photographier les dessous de la jupe de la jeune femme. Et pourtant, la réalité est vraiment autre. Dans les faits, comme le montre la photo ci-dessous, le type en question, un asiatique, photographie un groupe de congénères.  Autrement dit, une photo est à la fois objective, car elle saisit un moment de la réalité, mais elle est aussi subjective, car elle est le travail d’une intention du photographe, à savoir le cadrage ou le recadrage.

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© Pierre Fraser, (Ph. D.), 2017 / texte
© Photo : Olivier Moisan-Dufour, 2016

Références
1 Devecchio, A. (2015 [11 septembre]), Michel Onfray : «On criminalise la moindre interrogation sur les migrants », Le Figaro.