J’ai faim…

| Cahier 6 |

Il existe deux types de société. L’une, invisible, qu’on ne voit pas et qu’on ne veut surtout pas voir, c’est-à-dire celle de la faim et de l’humiliation dont les rangs croissent au rythme de 3 à 4% chaque année. Il y a aussi l’autre, celle que l’on voit chaque jour et qui cache merveilleusement bien la première. Dans cette société où tout va bien, il y a plein de gens endettés à qui des politiciens disent que tout va bien, mais pour que ça aille encore mieux, ces derniers disent qu’il faut couper dans celle que l’on ne veut pas voir et qui va déjà très mal.

Combler un besoin de base aussi vital que celui de se nourrir, voilà ce à quoi certains de nos concitoyens, dans les pays développés, sont confrontés. Dans la seule région de Québec, au Canada, en 2016, sur une population de plus de 900 milles personnes, plus de 2,3 millions de repas ont été servis à des personnes vivant une situation de pauvreté, 38 000 personnes ont été aidées chaque mois, 35 % d’entre elles avaient moins de 18 ans, et de ces 38 000 personnes, plus de 20 % avaient un revenu provenant d’un emploi à salaire minimum.

Alors que les grosses bagnoles circulent partout, que les centres commerciaux sont pleins à craquer, que tous ces commerces pour bobos et hipsters dictent la nouvelle nouvelle chose, toute cette alimentation bio et équitable disponible pour les gens bien nantis et toute cette grande tartufferie de la consommation nous en disent pourtant très long sur notre propre société, celle d’un échec à venir en aide à tous les membres de la société.

On dit désormais de ces gens qui fréquentent les banques alimentaires qu’ils sont défavorisés (n’ont pas été chanceux — une condition) plutôt que de dire qu’ils sont pauvres (vivent une condition imposée par le système — un processus). Le sociologue Herbert Marcuse, dans les années 1960, disait que nous n’aurions bientôt plus de mots adéquats pour décrire la réalité du capitalisme, tellement ceux-ci seraient aplanis pour rendre l’individu totalement responsable de sa condition. À ce titre, les gouvernements ne font plus dans l’austérité, ils font dans la rigueur budgétaire. Pourtant, l’austérité est bien le mot qui s’impose pour décrire un processus qui exploite les moins nantis de la société. Quand un politicien vous dit que son gouvernement est responsable et fait dans la rigueur budgétaire pour le plus grand bien de tous, et quand il vous dit qu’en coupant dans les services de base aux citoyens, que la qualité de ceux-ci ne seront pas affectés, ce dernier vous dit essentiellement qu’il continuera autant que faire se peut de rendre l’individu totalement et intégralement responsable de sa condition afin qu’il requiert de moins en moins de services de l’État.

Je vous propose donc de visionner cette capsule vidéo qui montre comment on aide des gens qui n’ont pas été « chanceux » à se nourrir. En somme, j’ai voulu ce petit projet comme un hommage à notre cynisme collectif, qui se porte fort bien par ailleurs.

Bon visionnement !!!

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© Pierre Fraser (Ph. D.), 2017 / réalisation et montage