Le voyeur en action

| Scènes de rue |

La photo ci-dessus, prise le 19 mai 2016 sur la rue St-Jean à Québec, est intéressante à plus d’un égard. Premièrement, l’homme au premier prend plaisir à observer la jolie jeune femme qui monte à bord de son véhicule. Deuxièmement, la femme ne se sait absolument pas observée par l’homme. Troisièmement, l’homme ne se sait absolument pas observé par la caméra. Ces seuls constats font en sorte que nous sommes en présence d’une véritable scène de rue où les comportements des uns confrontent les comportements des autres, où ce qui n’est vu par personne ne dérange au final personne et où le photographe agit en fonction du principe de l’instant décisif. En fait, cette photo se situe définitivement dans la foulée des travaux du photographe américain Garry Winogrand, c’est-à-dire s’emparer de la vie des villes dans leur banalité, leur quotidien le plus ordinaire pour en extraire une intensité et une force brutes.

Et pourtant, dans le climat de bien-pensance actuel, le comportement de cet homme serait qualifié d’agression sexuelle, du seul fait qu’il regarde la femme avec concupiscence et qu’il semble s’en délecter. Ces comportements sont légions dans l’espace public. Il y a à peine dix ans, peu de gens ne se seraient vraiment offusqués d’une telle photographie. Aujourd’hui, elle dérange, preuve que les normes et les valeurs sociales changent avec le temps, s’aseptisent et procèdent à une purge collective de ce qui est ou non désormais socialement acceptable.

Il n’est pas du rôle du sociologue de dire si le comportement de l’homme est ou non socialement acceptable, ou encore de dire si la bien-pensance est une mouvance socialement ou non acceptable, mais bien de montrer et de décrire, d’un strict point de vue analytique, que ces comportements et ces mouvances sociales existent.

Les six photos qui suivent résument fort bien la séquence des événements.

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© Pierre Fraser (Ph. D.), 2017 / texte et photos