Ce qui nous enchaîne

| Scènes de rue |

La photo ci-dessus proposée par Tim Gouw est une prise de vue en plongée du bistro CoffeeBar situé dans le quartier historique Gastown de Vancouver. Cette photo est intéressante à trois égards.

Premièrement, elle est représentative de cette tendance commerciale qui cherche à faire croire aux consommateurs qu’un vrai bon café ne peut se retrouver que dans un commerce dédié à cette fin, avec tout le rituel que la chose implique, c’est-à-dire des employés cools et branchés, un barista de service, et une ambiance supposément propice à la réflexion et à la socialisation qu’affectionnent plusieurs milléniaux.

Deuxièmement, la présence de l’incontournable Wi-Fi qui permet de se rattacher aux milliers de fils invisibles de la communication qui permet à chaque consommateur soit de travailler à distance, soit de flâner sur les réseaux sociaux, soit de se laisser happer par des hyperliens qui l’amèneront ailleurs.

Troisièmement, il y a peine quinze ans, tout individu qui se présentait dans un bistro ou un café y allait pour socialiser, c’est-à-dire pour rencontrer des gens et discuter, sans que le Wi-Fi n’impose sa présence pour se brancher à Internet. Dans ces nouveaux lieux cools et branchés, le verbe socialiser a pris une tout autre dimension ; il est désormais possible de socialiser, soit comme on l’a toujours fait, en présenciel, soit par technologies interposées, en virtuel, dans un lieu qui prétend stimuler la communication et la socialisation. Il suffit de se rendre dans l’un de ces endroits tendance pour constater à quel point l’isolement social est plutôt la norme, sans que personne ne s’en rende vraiment compte.

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© Photo : Tim Gouv
© Pierre Fraser (Ph. D.), 2017 / texte