L’invisible communication

| Scènes de rue |

La photo de l’entête, croquée sur le vif dans un espace public par le photographe Andrew Neel, montre bien comment la mondialisation du capitalisme, dans sa logique du juste à temps, exige des individus de plus en plus flexibles en mesure de s’adapter aux heures de travail de plus en plus décalées, des individus de plus en plus enserrés dans les milliers de fils invisibles de la communication qui les relient constamment au travail.

L’individu, attaché à ces milliers de fils invisibles qui le lient constamment à une tâche quelconque, effacent toute coupure entre travail et loisir, luttent contre le temps mort, la vacuité et l’inoccupation, l’obligent à être constamment en besogne, à s’assurer d’une activité continue et sans répit.

C’est le prix à payer du fait d’être constamment connecté. Peu importe l’espace public où l’on se trouve, le Wi-Fi propage ses ondes tentaculaires dans le moindre recoin. Qu’il s’agisse de la salle d’attente du cabinet du médecin, du bistro du coin, du centre commercial, de l’aéroport, de l’école, du restaurant ou même de la pharmacie, il est désormais impossible de se soustraire au Wi-Fi. Socialement parlant, un espace public sans Wi-Fi est suspect, voire même un cran en retard sur l’évolution technologique.

La jeune femme de la photo de l’entête est dans cette logique de connexion tentaculaire supportée par le Wi-Fi. Il suffit de déambuler sur le trottoir d’une rue où il y a beaucoup de restaurants, de bistros et de pubs pour constater à quel point la posture de cette jeune femme est un lieu commun. Non seulement est-elle un lieu commun, mais elle est également en phase avec l’idéologie dominante de la communication effective en tout temps.

Que l’on soit à Paris, New York, Tokyo, ou bien dans le petit village le plus reculé de l’Amérique profonde, tous partagent inévitablement une posture similaire, quasi universelle, de la personne connectée. Qu’il s’agisse d’un ordinateur portable, d’une tablette ou d’un téléphone intelligent, le Wi-Fi impose la connexion, le réseau doit être disponible, la connexion doit être instantanée, la communication doit s’établir. Ici, le temps se compte en minutes connectées.

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© Photo : Andrew Neel
© Pierre Fraser, (Ph. D.). 2017 / texte