Cyborg, le corps nouveau

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musk-elonElon Musk, PDG de Tesla et Space X, dans une allocution prononcée lundi le 13 février 2017 dans le cadre des activités du World Government Summit de Dubai, a avancé l’idée que, dans un avenir plus ou moins rapproché, il nous sera nécessaire d’améliorer numériquement notre cerveau si nous ne voulons pas être déclassés par une quelconque intelligence artificielle dans un futur pas si lointain. Toujours selon Elon Musk, « Au fil du temps, nous verrons probablement une fusion plus étroite entre l’intelligence biologique et l’intelligence numérique », le défi étant de « régler le problème de la vitesse de connexion entre le cerveau et la version numérique de celui-ci. »

Faut-il ici préciser que le célèbre PDG n’en est pas à sa première déclaration fracassante et loufoque, ce qui ne l’empêche pas pour autant d’effectivement mettre en œuvre plusieurs desdites déclarations. Pour Musk, alors qu’un ordinateur a la capacité de communiquer à une vitesse avoisinant plus d’un trillion de bits à la seconde, et que le cerveau biologique y parvient à une vitesse de 10 bits par seconde, il y a là une limite qui doit être franchie. Autrement dit, du moment qu’une intelligence artificielle générale sera opérationnelle, c’est-à-dire une intelligence artificielle capable d’effectuer la majorité des tâches intellectuelles d’un cerveau biologique, les êtres humains risquent d’être largement dépassés et obsolètes. Pour contrer cette éventuelle possibilité, les chercheurs proposent de mettre au point des neuroprothèses qui augmenteront les capacités du cerveau biologique.

© harbisson-neil

En quoi est-ce que cette déclaration d’Elon Musk à a voir avec cette traduction de la réalité sociale à travers l’image que nous proposons ? En fait, elle s’inscrit directement dans cette tendance de design et de remodelage du corps, que ce soit par l’activité physique, l’alimentation, la chirurgie, etc. Ici, il faut s’en remettre au projet de l’artiste catalan Neil Harbisson, le premier cyborg humain officiellement reconnu, qui porte une antenne montée sur la tête et rattachée à une puce à l’arrière de son crâne, lui permettant ainsi de percevoir les couleurs par le son. En fait, étant donné que Neil Harbisson est incapable de percevoir les couleurs depuis sa naissance, cette neuroprothèse — un œil cybernétique sur la tête lui permettant de traduire les fréquences lumineuses en fréquences sonores — lui permet d’entendre grâce aux os de son visage qui transmettent alors les vibrations à son oreille interne.

Harbisson considère, tout comme Elon Musk, que, au lieu d’utiliser la technologie ou de porter la technologie en permanence, il nous faut devenir la technologie. Même si toutes ces affirmations semblent tout droit sorties d’un roman de science-fiction, il faut s’en préoccuper, car si le cas de Neil Harbisson est présentement unique, il ne sera plus pour bien longtemps, surtout que les recherches sur les neuroprothèses et en neurosciences avancent à grands pas.

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© Ross Bryant, 2017