Ikea et les réfugiés

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Nous connaissons tous Ikea, particulièrement pour ses produits aux designs épurés et pour ses meubles à monter, mais rares sont ceux qui savent que cette entreprise fait aussi dans un tout nouveau truc à la mode pour le monde des affaires, l’entrepreneuriat social, articulé autour du concept « redonner à la société ». Certes, on pourrait débattre pendant des heures de cet étrange concept, comme si les entrepreneurs se découvraient soudainement une conscience sociale au-delà du seul fait de faire des profits, mais il n’en reste pas moins que la société Ikea a la ferme intention d’offrir de l’emploi à plus de 200 000 réfugiés un peu partout dans le monde sur une période variant de 10 à 15 ans et de faire de ceux-ci des fournisseurs de premier plan. Et le plan d’Ikea, que l’on peut consulter ici, est ambitieux à plus d’un égard.

L’idée est la suivante : construire dans le nord de la Jordanie, à la limite de la frontière syrienne, des ateliers de taille moyenne qui emploieront un mélange de réfugiés Syriens et de Jordaniens afin de produire des produits tissés (tapis, coussins, couvre-lits). L’ouverture des premiers ateliers, prévue pour août 2017, en partenariat avec la Jordan River Foundation, une organisation non gouvernementale créée par la Reine Rania de Jordanie, emploiera, pour commencer, 100 personnes, et atteindra, au cours des deux années suivantes, plus de 400 personnes.

C’est avec le genre d’initiative, telle que le montre la photo ci-dessus, que la société Ikea entend travailler avec ce qu’elle nomme des entrepreneurs sociaux. En fait, il s’agit tout d’abord pour Ikea de s’attaquer aux problèmes sociaux en utilisant ses propres techniques commerciales éprouvées par opposition aux approches basées sur l’aide de l’ONU, tout en fournissant un emploi qui sera régi par de rigoureuses normes, tant pour les conditions de travail que pour la qualité de la production. Pour Jesper Brodin, chef de gamme et de l’approvisionnement chez Ikea, « il s’agit d’offrir un modèle d’entreprise, des possibilités d’apprentissage, des compétences simples sur la façon de planifier la production et de préparer ces futurs entrepreneurs à l’exportation. » Dans un monde totalement soumis à l’Ordre marchand, cette logique est tout fait imparable.

À partir de la photo ci-dessus, on retrouve là, avec Ikea, ce qui a été la clé de son succès : monter soi-même ce que l’on utilisera. En ce sens, les « maisons » pour tous ces futurs entrepreneurs sociaux, tous sur le même modèle, simples à monter et efficaces sur le plan de l’espace, permettront de loger de nombreuses familles. Ici, la fonction visuelle, correspond tout à fait à la destination même du produit.

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© Marcus Fairs, 2017 / texte et photos