Scènes de rue

Scènes de rue

Scènes de rue ? Peu importe le photographe, « les photographies réalisées dans la rue, quel qu’en soit l’auteur, « tiennent » aussi par les signes urbains qui font office de décor et par les attitudes et vêtements des personnages qui les animent. […] Tous ces éléments ont une capacité d’attraction sur le spectateur plus forte quand ils racontent une époque évanouie1. »

La photographie, certes, fait un instantané d’une réalité, mais cette réalité n’est pas totalement objective. Elle aussi subjective, car le photographe a cadré une portion de la réalité plutôt qu’une autre dans ce qu’il est convenu d’appeler un instant décisif. Et c’est là où réside toute la puissance d’une bonne photographie, dans sa capacité à livrer tout ce qu’elle contient.

En fait, par toute l’objectivité dont la photo est porteuse — enregistrement tangible d’un événement qui s’est produit à un moment ou l’autre dans un contexte social donné —, par toute la subjectivité qui imprègne aussi la photo — invariable reflet du point d’attention de celui qui a tenu la caméra et de ce qu’il voulait saisir et montrer —, l’image constitue inévitablement un ensemble de processus subjectifs complexes encapsulés temporellement dans une forme incroyablement objective. Concrètement, dans une photo il y a « une multitude d’informations, qui sont dans les détails : les vêtements, un chapeau, un bijou, une façon de marcher, de rire, d’affirmer son corps, une façade, le mobilier urbain…2»

Il s’agit là de l’encapsulation de la réalité, c’est-à-dire cette capacité que possède une photo à saisir un moment dans le temps et à en livrer tout son potentiel photographique et sociologique. Autrement dit, que ce soit dans 5, 10 ou 15 ans et même plus, si la scène de rue qui a été saisie arrive à délivrer tout le potentiel photographique et sociologique dont elle est porteuse, elle sera non seulement directement interprétable par celui qui la verra, mais elle sera aussi le témoin d’une époque qui avait ses propres valeurs sociales différentes de celles d’aujourd’hui. Et du moment ou celui qui voit la photo se dit, « Cette personne a vraiment vécu ça… », c’est que tout le potentiel social de la photo a été livré en seul coup d’oeil.

Nous convions donc le lecteur à une aventure de scènes de rue. Cette aventure, loin d’être exhaustive, et surtout loin d’être parfaite en tout dans sa composition photographique, cherche tout de même à viser l’encapsulation de la réalité.

1 Guerrin, M. (2014), « Winogrand », Transatlantica, vol. 2.
2 Idem.