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QUAND TOUT LE MONDE VOUS RACONTE N’IMPORTE QUOI
(petit traité de survie en temps de catastrophe)

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Nous vivons à une époque où tout s’explique, tout se justifie, tout se raconte, souvent en même temps, rarement avec modestie. Chaque jour, des experts parlent au nom de la science, des récits médiatiques organisent nos émotions, des impératifs économiques dictent l’évidence, des normes morales tranchent le débat, et des promesses technologiques annoncent l’avenir comme une obligation.

Dans Quand tout le monde vous raconte n’importe quoi, le linguiste et sociologue Pierre Fraser propose un petit traité de survie intellectuelle à destination de celles et ceux qui soupçonnent que le problème n’est pas seulement ce qui est dit, mais la manière dont cela l’est. À travers une analyse des grands régimes discursifs contemporains — scientifique, médiatique, politique, sanitaire, sécuritaire, techno-économique —, l’auteur montre comment nos façons de voir le monde sont configurées bien avant que nous ayons l’impression de penser par nous-mêmes.

Guide de survie pour décrypter les régimes discursifs dominants, résister à la saturation narrative et préserver sa lucidité critique

Les discours contemporains tendent à brouiller, de manière à la fois profonde et feutrée, la frontière entre trois registres pourtant distincts (l’information, l’interprétation et la prescription) en les fondant dans un flux narratif continu où leurs fonctions respectives ne sont plus explicitement signalées : l’information, supposée répondre sobrement à la question de ce qui se passe, se voit aussitôt prolongée par une interprétation qui indique ce qu’il convient d’en penser, avant de glisser, presque imperceptiblement, vers une prescription qui suggère ce qu’il faudrait faire ou éviter, rendant ainsi difficile l’identification du moment précis où le citoyen cesse d’être informé pour commencer à être orienté.

Quand tout le monde vous raconte n’importe quoi – Présentation

Dans chaque régime discursif, le commentaire devient performatif, ne décrit plus seulement le réel, mais insinue la posture jugée adéquate à son égard, au point de laisser entendre qu’être « bien informé » revient déjà à adopter la bonne lecture et la bonne norme, comme si, à la manière d’un GPS trop zélé, le dispositif ne se contentait plus d’afficher la carte et d’indiquer les ralentissements, mais prenait silencieusement le contrôle du volant sans jamais avertir qu’il a cessé de conseiller pour commencer à conduire.

En conclusion, la confusion entre information, interprétation et prescription ne relève pas d’un simple manque de rigueur, mais d’un glissement discret du commentaire vers l’injonction, où expliquer le réel revient déjà à en fixer la norme. Dans ce cadre, le citoyen n’est plus tant appelé à juger qu’à adhérer, et la question centrale n’est plus seulement celle de la vérité des faits, mais celle de la liberté de lecture et de délibération dans l’espace public.

© Pierre Fraser (PhD, linguiste et sociologue), 2026


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Si la sociologie s’est tout d’abord construite comme une discipline de mots ou de lettres, sous la forme d’argumentations écrites formulées dans une langue naturelle et plus ou moins associée à des données chiffrées à la formalisation permise par le langage mathématique. Dans un contexte où l’image est de plus en plus présente, où tous peuvent, munis d’un téléphone intelligent, produire des images, où les médias sociaux utilisent abondamment l’image, la sociologie est de plus en plus encline à mobiliser également des images, soit comme objet d’étude, soit comme outil de recherche, soit comme moyen de communication et d’échanges scientifiques autour de résultats. Des chiffres et des lettres, mais aussi des images, fixes ou animées, voilà les matériaux avec lesquels les sociologues rendent compte, aussi, du monde social . Malgré tout, existe-t-il réellement une sociologie visuelle ? 

 

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