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Quand un juge européen sanctionné par
Trump ne peut plus utiliser sa carte de crédit

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Mise en contexte
L’acte de payer un simple billet de train dans une gare hollandaise semble, pour le commun des mortels, un geste d’une banalité technique absolue. Pourtant, pour le juge français Nicolas Guillou, cette apparente fluidité s’est fracassée contre un panneau interdisant l’argent liquide, révélant une exclusion brutale du système. Ce n’est pas une panne informatique qui a paralysé son application de paiement, mais une décision politique prise à des milliers de kilomètres de là, à Washington. En se voyant refuser l’accès aux réseaux Visa et Mastercard, le magistrat a basculé instantanément dans ce qu’il nomme la « préhistoire » financière, piégé par l’absence d’alternative locale. Cette mésaventure individuelle illustre une vulnérabilité collective : notre confort quotidien repose sur des infrastructures que nous ne contrôlons pas.

Le mécanisme de l’exclusion par le mille-feuille technologique

« J’ai un peu l’impression de vivre dans les années 90 » : l’alarme de ce juge de la
Cour pénale internationale qui ne peut plus utiliser Visa ou Mastercard :: Les Echos

Le blocage d’une transaction entre un citoyen européen et un service public européen n’est possible que par l’incroyable intrication des réseaux de paiement modernes. Sous chaque tapement de carte ou de téléphone se cache une succession complexe de couches : banques émettrices, passerelles de paiement, serveurs de données et systèmes de compensation. Il suffit qu’un seul de ces maillons soit sous juridiction américaine pour que l’Oncle Sam s’invite à la caisse. C’est ce « mille-feuille technologique » qui permet l’exercice d’un pouvoir extraterritorial, transformant un serveur informatique en un outil de police internationale. La technologie n’est jamais neutre lorsqu’elle appartient à une puissance étrangère capable de débrancher un individu d’un simple clic.

L’administration Trump a utilisé les sanctions financières comme un levier pour punir ceux qui, comme Guillou, osent enquêter sur des sujets sensibles tels que les actions d’Israël en Palestine. En ciblant les juges de la Cour pénale internationale, les États-Unis démontrent que la monnaie électronique est devenue une laisse électronique. Toute entreprise américaine, qu’il s’agisse d’Amazon ou de Booking, est tenue d’appliquer ces ordres sous peine de sanctions pénales écrasantes sur son propre sol. Le système financier mondial est ainsi instrumentalisé pour servir des intérêts de politique étrangère spécifiques, souvent au mépris de la souveraineté des alliés. Pour le sanctionné, le monde numérique devient une prison aux portes closes, où même une chambre d’hôtel en Italie reste inaccessible si le logiciel de réservation est hébergé outre-Atlantique.

Quand un juge européen sanctionné par Trump ne peut plus utiliser sa carte de crédit

La souveraineté financière : une nécessité existentielle pour l’Europe

Face à ce constat de fragilité, l’Union européenne tente de reprendre la main à travers le projet de l’euro numérique porté par la Banque centrale européenne. L’enjeu dépasse largement la simple modernisation technique ; il s’agit d’une quête de survie politique dans un monde multipolaire et conflictuel. L’idée maîtresse est de bâtir une infrastructure publique capable de garantir que les paiements quotidiens restent opérationnels, quels que soient les caprices diplomatiques de Washington ou de Pékin. La souveraineté ne peut plus se contenter de discours sur l’autonomie stratégique si elle ne dispose pas de ses propres tuyaux financiers. Sans cet outil, l’Europe reste une puissance de papier, dépendante du bon vouloir technologique de tiers dont les intérêts divergent parfois radicalement des siens.

Le projet de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) se veut l’équivalent électronique des pièces et billets de banque, une monnaie publique libre d’intermédiaires étrangers. En créant un circuit court entre le citoyen et la banque centrale, l’Europe espère court-circuiter l’ingérence des acteurs non européens qui dominent actuellement le marché. Cette autonomie permettrait de sécuriser les flux financiers essentiels au bon fonctionnement de l’économie réelle en cas de crise géopolitique majeure. L’euro numérique n’est pas un gadget pour technophiles, mais un coffre-fort numérique dont les clés resteraient à Francfort plutôt qu’à la Silicon Valley. C’est la réponse structurelle à une menace qui n’est plus théorique, mais vécue quotidiennement par ceux qui sont mis au ban du système actuel.

À la croisée de la sociologie, de la linguistique et de la philosophie, la revue explore les structures invisibles de nos sociétés, depuis les grands récits idéologiques jusqu’aux mutations technologiques majeures. 

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Cependant, cette ambition régalienne se heurte violemment aux intérêts du secteur bancaire privé européen qui voit d’un mauvais œil cette incursion publique. Les banques commerciales, ayant déjà investi des milliards dans des solutions comme Bizum en Espagne, dénoncent une redondance inutile et coûteuse. Pourquoi, s’interrogent-elles, bâtir une infrastructure étatique de toute pièce alors que des systèmes privés européens fonctionnent déjà avec succès? Elles craignent une éviction de leur rôle traditionnel d’intermédiaires et une cannibalisation de leurs propres services par une monnaie émise directement par la BCE. Ce bras de fer entre vision souverainiste et rentabilité privée souligne la difficulté de coordonner une stratégie continentale cohérente face à la domination américaine.

L’un des plus grands défis de l’euro numérique réside dans son incapacité actuelle à séduire le grand public, pour qui la « souveraineté » reste un concept éthéré. Le consommateur moyen, attaché à la simplicité de son paiement sans contact, perçoit difficilement la valeur ajoutée d’une nouvelle monnaie électronique. Expliquer qu’il faut changer ses habitudes de paiement pour anticiper une potentielle sanction américaine semble abstrait, voire paranoïaque, à celui qui veut juste acheter son café. Il y a une déconnexion profonde entre les enjeux de haute sécurité nationale et le désir de confort immédiat des citoyens. Tant que l’euro numérique ne proposera pas une expérience utilisateur supérieure ou au moins égale à celle des géants américains, il peinera à s’imposer par le seul argument patriotique.

Le calendrier du projet européen est un autre motif d’inquiétude, l’horizon 2029 paraissant bien lointain face à l’accélération des tensions mondiales. D’ici là, des individus comme le juge Guillou restent condamnés à l’usage exclusif du cash, une ressource qui se raréfie dans une société poussant vers le tout-numérique. Si aucune alternative souveraine ne voit le jour rapidement, le risque est de voir l’Europe s’enfermer dans une dépendance irréversible. Les technologies évoluent plus vite que les processus législatifs et monétaires de l’Union, créant une fenêtre de vulnérabilité que d’autres puissances pourraient exploiter. Le retard accumulé dans la maîtrise des infrastructures de paiement pourrait bien être le talon d’Achille de la souveraineté européenne au XXIe siècle.

L’effacement économique : un nouveau pouvoir totalitaire

La question fondamentale soulevée ici touche directement à la nature même du pouvoir dans une société dématérialisée : qui peut décider d’effacer socialement un individu ? Si l’argent liquide disparaît totalement, celui qui contrôle le réseau de paiement détient un droit de vie ou de mort sociale sur chaque citoyen. On ne parle plus seulement de commerce, mais de la capacité d’un État étranger à réduire un magistrat au silence en le privant de la possibilité d’acheter de la nourriture ou de se déplacer. C’est une forme de bannissement moderne, invisible et propre, qui ne nécessite ni prison ni barbelés, juste une ligne de code. La souveraineté numérique devient alors le dernier rempart contre un arbitraire technologique globalisé qui ne connaît plus de frontières.

En conclusion, l’histoire du juge bloqué dans une gare néerlandaise doit servir de signal d’alarme pour l’ensemble non seulement du continent européen, mais pour la planète. Elle nous rappelle que l’économie moderne est un château de cartes technologique dont les fondations se situent souvent hors de notre portée. La transition vers l’euro numérique n’est pas une simple mise à jour technique, mais une décision politique majeure pour garantir la liberté de mouvement et de pensée. Si nous échouons à bâtir ces infrastructures souveraines, nous acceptons de déléguer notre autonomie à des puissances qui n’hésiteront pas à utiliser la monnaie comme une arme de coercition. L’avenir de la démocratie européenne se joue peut-être autant dans les serveurs de paiement que dans les urnes.

© Pierre Fraser (PhD, linguiste et sociologue) + Sociologie Visuelle Média, 2026

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Disponible (CA | FR | UK | US)

15 avril 2026

15 juillet 2026

1er septembre 2026

 

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