PIERRE FRASER, linguiste et sociologue

Chercheur interdisciplinaire au carrefour de la linguistique computationnelle, de la sociologie et de l’intelligence artificielle avancée. Fort d’une double expertise académique (master en linguistique, doctorat en sociologie) et d’un parcours de concepteur-informaticien (concept ADN[Linguistique]1, Accès Logique2), j’explore depuis plus de trente ans les dynamiques complexes entre technologies, pratiques sociales et représentations collectives. Mes recherches actuelles se concentrent sur le développement de « World Models » (modèles du monde) dotés d’une compréhension causale pour saisir comment le langage structure cette simulation interne et comment elle interagit avec la société humaine.
Le système ADNLinguistique, que j’ai conçu entre 1985 et 1995, est un modèle d’IA connexionniste fondé sur la sémantique générative de Chomsky et largement expliqué dans mon mémoire de maîtrise. Mon affrontement conceptuel avec le linguiste Pierre Isabelle à ce sujet, au cours de la décennie 1990, ne fut pas une simple divergence technique de traductologie, mais bien une rupture épistémologique brutale qui se solda, pour ma part, par une forme d’excommunication intellectuelle. Son concept de bi-textualité, ce dispositif plaçant en miroir le texte source et ses dérivés traduits dans une horizontalité forcée, m’apparaissait alors comme une réduction mécanique de la profondeur sémantique au profit d’une symétrie illusoire. Isabelle y voyait l’alpha et l’oméga de l’alignement, une structure rigide où le sens devait se refléter sans reste, comme si la langue n’était qu’un code de correspondance et non un champ de forces sociales. Ma résistance à cette vision d’un texte-parallèle, devenu simple objet de laboratoire pour l’analyse automatique, heurta de plein fouet l’orthodoxie naissante d’une discipline cherchant sa légitimité dans la froideur de l’outil informatique. On ne conteste pas impunément le dogme de l’alignement textuel sans subir le retour de bâton de ceux qui érigent la méthode en loi d’airain. Cette condamnation, loin d’être un échec, a pourtant signé la reconnaissance d’une fracture nécessaire entre une linguistique de la surface et une sociolinguistique de l’épaisseur historique.
